Josquin Desprez - Les mots et la musique
De son vivant déjà, Josquin Desprez était considéré comme le Prince
des musiciens. Luther, par exemple, a dit de lui qu'il fait ce qu'il
veut avec les notes, tandis que les autres compositeurs se bornent à
faire ce que veulent les notes !
Cinq cent ans plus tard, la position centrale de l'oeuvre de Josquin à la
Renaissance n'est pas remise en question. En effet, le compositeur
inaugure une nouvelle façon de penser et d'écrire la musique. Son
aspect révolutionnaire pour le XVIe siècle peut être comparé à
celui de Beethoven pour le XIXe siècle : les deux maîtres sont à
l'origine de bouleversements dans le langage musical qui ont influencé
profondément leurs successeurs.
Les apports de Josquin vont dans le sens d'un classicisme. De fait, il
recherche une clarté d'écriture et de structure, une égalité entre
les voix de la polyphonie, des phrases musicales plus courtes, simples
et limpides. En outre, sa musique contient une vitalité, une énergie
et une puissance d'expression hors du commun. Enfin, tous les
commentateurs s'accordent pour voir chez Josquin un rapport nouveau et
plus immédiat entre texte et musique.
Comme presque tous les polyphonistes, Josquin s'est illustré quasi
exclusivement dans trois genres : la messe, le motet et la chanson.
L'Ensemble La Sestina, dans ce programme entièrement consacré au maître
flamand, entend respecter cette répartition, afin de donner une image
la plus complète possible, en environ une heure de musique, du
compositeur.
Quatre extraits de messes ont été choisis : le Kyrie de la Missa
L'Homme armé Sexti toni, le Gloria de la célèbre Missa Pange Lingua,
le Sanctus d'une messe pour voix d'hommes : la Missa Mater patris,
et enfin l'Agnus Dei de la Missa Sine nomine, une messe utilisant
divers types de canons.
Quatre motets sont donnés. Le premier est une oeuvre tardive : il
s'agit de Inviolata, integra et casta es. Le deuxième est le fameux De
profundis clamavi à quatre voix privilégiant les tessitures graves
pour exprimer le texte. Ensuite, on entend Tu
solus qui facis mirabilia, une des oeuvres les plus dépouillées de
Josquin. Enfin est donnée cette incroyabe cathédrale sonore qu'est Praeter
rerum seriem à six voix.
Parmi les cinq chansons choisies, dont l'effectif varie de trois à six
voix, l'Ensemble interpréte la célèbre Petite camusette.
Comme à l'accoutumée, les chanteurs de La Sestina se produisent soit en
formation soliste, soit en formation chorale. Le programme
est entièrement donné a cappella, afin de mettre en évidence la
sculpturale pureté de cette musique.
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