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L'univers de Roland de Lassus
Roland de Lassus est peut-être le plus grand compositeur de la seconde
moitié du XVIe siècle et son oeuvre constitue l'aboutissement de la polyphonie
franco-flamande de la Renaissance. C'est également le plus « européen »
des musiciens de son temps. Il a non seulement voyagé un peu partout, mais il
a pratiqué avec maestria et dans un esprit « encyclopédique »
tous les genres et tous les styles polyphoniques imaginables, aussi bien
sacrés que profanes (et cela dans quatre langues). De plus, il fut le maître
le plus respecté et édité de son époque.
Son principal centre d'activité a été pendant plus de trente ans la
Cour de Munich, où il avait à sa disposition les meilleurs chanteurs et
musiciens.
L'Ensemble La Sestina aimerait par ce programme présenter, en
l'espace d'un peu plus d'une heure de musique, les facettes les plus
importantes de l'art de Lassus. Pour ce faire, nous avons choisi de nous
focaliser sur trois aspects : nous donnons quelques pièces sacrées
proprement liturgiques, puis on découvre la magie de plusieurs de ses
chansons françaises, et enfin, quelques-uns de ses motets latins les plus
expressifs concluent le programme.
On y entend d'abord le Kyrie de la Missa Douce mémoire à 4 voix,
une des messes les plus connues de Lassus. L'hymne Ave maris stella
à 4, lui, fait alterner des versets grégoriens avec des versets polyphoniques.
De caractère très différent, la Huitième Leçon de Job à 4 développe
un style déclamatif très concentré. Enfin, c'est la célèbre Première
Lamentation de Jérémie à 5, écrite dans le plus traditionnel style
imitatif, qui conclut cette première partie.
Nous tentons ensuite de donner un aperçu de l'extrême variété des
chansons françaises du compositeur. La nuit froide et sombre, par
exemple, est un véritable madrigal en français, où chaque mot reçoit un
traitement musical spécifique. En revanche, Quand mon mari, de facture
très simple, est une chanson de tournure populaire dans l'esprit de la
chanson parisienne. Dessus le marché d'Arras utilise des onomatopées
à la manière de Janequin, alors que Comme la tourterelle est
amoureusement mélancolique et que Fleur de quinze ans est très
délicatement coquine !
Les motets de Lassus constituent certainement le sommet de sa
production. C'est là qu'il a véritablement pu montrer toute l'étendue de son
génie, notamment en ce qui concerne l'expression du texte. Alma Nemes à
4 est tiré de son Livre de motets anversois. Ici, le jeune compositeur subit
l'« influence chromatique » italianisante du grand Cipriano de Rore.
Tout autre est le motet à 6 voix Dulces exuviae, puisqu'il appartient au
corpus qu'on peut qualifier de « musique humaniste ». En effet, son
texte est de Virgile est son style est entièrement déclamatif. Memor esto
verbi tui à 6 s'inscrit dans la tradition des grands motets de Josquin
Desprez. La particularité la plus frappante du motet Laudate Dominum est
le nombre de voix qu'il requiert : pas moins de douze ! Le programme
se termine par le sublime Vide homo à 7. Ce motet est la dernière
pièce de l'ultime publication du maître, les Lagrime di San Pietro. Dans
ce poignant chant du cygne, Lassus parvient à une suprême synthèse entre un
contrepoint imitatif, une expression exacerbée du texte et une audace
harmonique qu'il a toujours cultivée.
Douze chanteurs font revivre ces oeuvres, soit en ensemble de solistes,
soit en formation chorale. Le programme est donné entièrement a cappella.
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