L'Album de Marguerite d'Autriche
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Femme d'Etat et de culture, Marguerite d'Autriche possédait une bibliothèque
déjà célèbre de son vivant. Pour ce qui est de la musique, on y
trouve deux manuscrits importants, tous deux des chansonniers :
l'Album et le Chansonnier de Marguerite d'Autriche.
Magnifiquement enluminé, l'Album a probablement été constitué pour et sous la
supervision de Marguerite. Il contient 58 oeuvres, dont la plupart sont
des chansons françaises. Les compositeurs représentés sont les plus
grands musiciens flamands de l'époque : Josquin Desprez et
Pierre de la Rue entre autres.
Née à Bruxelles en 1480, Marguerite est la fille de l'Empereur Maximilien
Ier et de Marie de Bourgogne. Elle fut régente des Pays-Bas dès 1507,
pour le compte de l'Archiduc Charles, le futur Charles Quint, dont
elle était la tante. Sa cour résidait à Malines. Son existence
s'est déroulée dans une période politiquement troublée, où les
Etats de Bourgogne commencent à perdre de leur superbe. D'éducation
plutôt française, Marguerite était sensible à la poésie et à la
musique.
A la fin du XVe siècle, la tradition des chansonniers est bien établie.
Les puissants y font consigner leurs oeuvres musicales préférées,
pour ensuite les faire exécuter pour leur plaisir. L'Album de
Marguerite est un des plus beaux exemples de chansonniers qu'on ait
conservés.
Sa tonalité générale est toutefois particulière, dans la mesure où
beaucoup de ses textes sont
mélancoliques où s'en approchent. Les commentateurs y voient un
reflet de la vie difficile de Marguerite, émaillée de deuils répétés.
Il contient essentiellement des chansons de cour, dont la forme
principale est au tournant du siècle encore le rondeau.
Le compositeur le plus représenté dans l'Album est Pierre de la Rue :
on y dénombre au moins quinze pièces de lui. Né vers 1460
probablement à Cambrai, il passa une grande partie de sa carrière au
service de Maximilien, Philippe le Beau, Marguerite d'Autriche et
Charles Quint. Il bénéficia de la protection particulière de
Marguerite et est le seul musicien de son temps qui puisse, pour la
noblesse de l'écriture et la variété de l'expression, être placé
au côté de Josquin Desprez. Il est l'auteur de messes, de motets et
de chansons françaises.
L'Ensemble La Sestina se propose d'interpréter un choix représentatif du
contenu de l'Album. Ainsi, on entend une quinzaine de pièces. D'une
part, des chansons françaises de trois à six voix, soit mélancoliques,
soit plus légères. Parmi les pièces mélancoliques, relevons la célèbre
chanson Plaine de duel à cinq
voix de Josquin. Combinant éléments canoniques et simplicité d'écriture,
elle parvient à créer un climat et une émotion d'une tristesse
intimiste. Parmi les pièces plus légères relevons la chanson Autant
en emporte le vent à quatre voix de Pierre de la Rue. Son écriture
fait alterner avec grâce des duos qui se répondent et des tutti.
D'autre part, trois pièces en latin, sacrées ou profanes, sont également
chantées. Une des trois est le motet dédicatoire à la Vierge Marie
placé au début de l'Album. Il s'agit d'un magnifiqueAve
sanctissima Maria à 6 voix d'attribution incertaine.
Huit chanteurs donnent vie à ces pièces en alternant les combinaisons. De
plus, un luth accompagne quelques-unes d'entre elles.
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