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Seven - Symbole et musique à la Renaissance

Afin de marquer les vingt ans de l’ensemble, La Sestina présente un nouveau programme de polyphonies du XVIe siècle à sept voix ou pour lesquelles le chiffre sept joue un rôle. Au centre de ces concerts, la Missa sub tuum praesidium de Jacob Obrecht, une des œuvres les plus marquantes de ce compositeur important mais peu connu. Celle-ci a la particularité de commencer par un Kyrie à 3 voix, puis d’ajouter à chaque fois une voix dans les mouvements suivants. Des motets, des chansons et des madrigaux de treize autres compositeurs, dont Josquin Desprez, Nicolas Gombert, Thomas Morley et Roland de Lassus, compléteront le programme. Quatorze chanteurs se produiront a cappella et dans cinq langues !

Le chiffre sept joue un rôle important dans beaucoup de cultures : il symbolise souvent la totalité et la perfection. Il est également très présent dans la tradition chrétienne. Qu’on pense aux sept péchés capitaux (et au film Seven de David Fincher, dont nous reprenons le titre en guise de clin d’œil), aux sept trompettes de Jéricho ou tout simplement aux sept jours de la semaine…

 

De plus, à la Renaissance, les nombres ne sont pas seulement des symboles au sens où on l’entend aujourd’hui. Via le pythagorisme, ils expliquent les fondements de l’univers et s’incarnent dans toute chose. Et depuis l’Antiquité la musique en est la manifestation la plus explicite, dans la mesure où elle est gouvernée par des proportions mathématiques qui se matérialisent au travers des intervalles, unisson, octave, quinte etc.

Le chiffre sept est présent dans la polyphonie de plusieurs manières. Dans notre programme, c’est d’abord autour du nombre de voix qu’il apparaît. Toutefois, ce nombre de voix ne fonctionne pas toujours comme un symbole. Si les pièces à sept parties sont rares avant 1550, elles deviennent plus courantes dans la seconde moitié du siècle, à mesure que les compositeurs enrichissent les textures musicales. Notre choix de pièces veut être aussi diversifié que possible, tant au niveau des genres représentés que des langues utilisées, pas moins de cinq ! de façon à proposer au public un voyage culturel à la dimension européenne et des émotions esthétiques multiples.

L’œuvre centrale que nous chanterons est la Missa sub tuum praesidium de Jacob Obrecht. Son Kyrie requiert trois voix et chacun de ses mouvements successifs ajoute une voix, pour arriver à sept dans l’Agnus dei. En outre, la messe cite sept segments de mélodies grégoriennes adressées à Marie. L’une d’entre elles, l’antienne qui donne son nom à la pièce, est confiée à la même voix de soprano dans chacun de ses mouvements. Cette structure répétitive stimule la créativité du musicien à proposer des solutions compositionnelles renouvelées. La date de composition et la destination de l’œuvre ne sont pas connues. Son auteur est avec Josquin Desprez le musicien le plus en vue autour de 1500. Obrecht a été actif en Belgique actuelle essentiellement et il a laissé pas moins d’une trentaine de messes polyphoniques.

Le motet de Nicolas Gombert Salve Regina (Diversi diversa orant), à quatre voix, se réclame également de Marie. En effet, le compositeur construit sa pièce en empruntant les mélodies grégoriennes de sept antiennes mariales et en les distribuant aux différentes voix. Il s’agit à la fois d’une sorte de Vierge en majesté musicale et d’une démonstration d’écriture virtuose. Les sept voix du motet anonyme Proch dolor renvoient à une connotation symbolique très différente, celle de la souffrance et plus particulièrement du deuil. La pièce est une élégie funèbre adressée l’empereur Maximilien Ier, décédé en 1519. La seule source qui la transmet est L’Album de Marguerite d’Autriche, un des plus importants chansonniers du début du XVIe siècle. Ce recueil a probablement été constitué pour Marguerite, fille de Maximilien. Plus tard dans le siècle, en 1594/5, Roland de Lassus publie son chant du cygne, les Lagrime di san Pietro, recueil de madrigaux spirituels à sept voix. Il tire lui-même un Nunc dimittis, une pièce pour les offices, du premier d’entre eux, Il magnanimo Pietro. Nous chanterons cette adaptation. La distribution à sept voix des deux autres pièces latines que nous avons choisies ne présente pas de connotations symboliques aussi claires. Inviolota, integra d’Adrian Willaert a été publiée à Venise dans sa monumentale Musica nova de 1559. La pièce comporte un triple canon. Libera nos, salva nos, du compositeur anglais John Sheppard, se chantait originellement durant les Matines. L’œuvre comporte une voix basse dont le rythme est plus lent que les autres, générant ainsi un contrepoint plus statique.

L’autre moitié de notre programme est profane. Nous interpréterons trois madrigaux italiens et un madrigal anglais à sept voix. Deux des madrigaux italiens sont l’œuvre de compositeurs de la seconde moitié du XVIe siècle reconnus par l’histoire comme des maîtres du genre : Giaches de Wert et Philippe de Monte. De ce dernier, nous donnerons Prima che mai cangiar, tiré de son recueil Musica sopra Il pastor fido, publié à Venise en 1600. Cette publication, tardive dans la carrière du musicien, comporte uniquement des pièces à sept voix, ce qui est relativement rare. La musique n’a pas encore été rééditée de nos jours. Les deux autres madrigaux témoignent de la forte diffusion du genre au-delà des frontières italiennes. Ben più di mille strali est dû au compositeur allemand Gregor Aichinger, qui a d’ailleurs effectué le voyage transalpin pour se perfectionner. Ce madrigal a été écrit pour les noces de Christoph Fugger et Maria de Schwarzenberg, qui se sont déroulées à Augsbourg en 1589. Phillis, I fain would die now, de Thomas Morley a été publié six ans plus tard à Londres. Le madrigal déroule un dialogue amoureux entre Amintas et Phillis, respectivement incarnés par un quatuor et un trio vocal.

Des genres en français et en allemand seront à leurs tours présents. De la première moitié du siècle, nous interpréterons Petite camusette à sept voix de Thomas Crecquillon, compositeur qui a été au service de Charles Quint. La chanson réinterprète la pièce homonyme à six voix de Josquin Deprez, également au programme. Crecquillon introduit quelques surprises harmoniques dans sa chanson, qui font tout leur effet lorsqu’on a le modèle josquinien dans l’oreille. Mon seul à sept voix de Nicolas Gombert date de la même période. La pièce nous est parvenue sous forme manuscrite avec pour seul texte l’incipit « Mon seul ». Nous chanterons la pièce dans une version reconstituée par nos soins, en empruntant un poème contemporain adapté. O vous Reine d’honneur de Claude Le Jeune est une œuvre plus tardive : elle a été publiée de façon posthume dans les Airs de 1608. Influencée par des recherches d’esprit humaniste et sur un texte en vers mesurés à l’antique, son écriture est entièrement verticale en accords successifs. Elle repose également sur une alternance entre couplets à cinq voix et refrains à cinq ou sept voix. Enfin, un rare et bref Tenorlied à sept voix, Was wird es doch, du compositeur suisse Ludwig Senfl complétera ce panorama.

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