Prochains concerts

Les Dow Partbooks - Concerts et exposition itinérante

Vendredi 26 novembre 2021, 20h00

Genève, Eglise Saint-Germain, 13 rue des Granges

Samedi 27 novembre 2021, 20h00

Neuchâtel, Chapelle de la Maladière, Rue de la Maladière 57

Dimanche 28 novembre 2021, 17h00

Lausanne, Christ Church, Av. de l'Eglise-Anglaise 1

Ensemble La Sestina:

Isaline Dupraz, Florence Grasset, sopranos

Francesca Puddu, mezzo-soprano

Josquin Gest, contreténor

François Bataillard, Lionel Desmeules, Benjamin Ingrao, Daniel Issa, ténors

Jedediah Allen, Marc Busnel, basses

Adriano Giardina, direction

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Trésors de la polyphonie anglaise : Les Dow Partbooks - Concerts

 

Les Dow Partbooks constituent l'un des plus importants et beaux manuscrits musicaux de la période des Tudors en Angleterre et l'un des mieux conservés. Son auteur est Robert Dow, juriste, latiniste et amateur de musique d’origine londonienne. La qualité de l’ouvrage tient probablement au fait que Dow pratiquait la calligraphie avec art puisqu’il l’a enseignée à l’All Soul College d’Oxford, ville dans laquelle il s’est établi après y avoir effectué ses études. Dow commence à travailler sur le manuscrit en 1581, mais il restera inachevé, à cause de la disparation prématurée de son rédacteur, survenue en 1588, alors qu’il n’a que trente-cinq ans.

L’ouvrage a été fabriqué pour rassembler les pièces que Dow appréciait particulièrement. Le fait qu’il soit composé de parties séparées (un livre pour chacune des voix de la polyphonie) nous informe sur un probable contexte d’exécution : les œuvres étaient probablement destinées à être interprétées dans un cadre privé pour le plaisir de leurs exécutants et auditeurs, même si cette destination n’était pas celle de départ pour beaucoup des œuvres qui s’y trouvent.

Le manuscrit rassemble environ quatre-vingt pièces sacrées (écrites donc en premier lieu à l’église), œuvres liturgiques diverses, motets et anthems, en latin et en anglais, trente-cinq pièces profanes, la plupart en anglais, mais quelques-unes en français et en italien, ainsi qu’un peu plus d’une dizaine de pièces instrumentales. Certaines sont des unica. Toutes sont à cinq voix. La plupart des vingt-sept compositeurs représentés sont actifs durant les années 1580 ou quelque peu auparavant, mais Dow fait également figurer quelques pièces de compositeurs plus anciens, tels que John Taverner ou John Sheppard. De plus, quelques pièces continentales y sont insérées, de Jean Maillard et Vincenzo Ruffo entre autre.

Deux musiciens ont une place de choix dans le recueil : Robert White et William Byrd. Ainsi, les huit premières œuvres sont dues à White. John Milsom, commentateur du manuscrit, imagine que Dow ou sa famille a pu bénéficier d’un lien privilégié, bien que non documenté, avec ce compositeur. Décédé de la peste en 1574, Robert White a terminé sa carrière en tant que Master of the Choristers à Westminster Abbey (Londres). Il s’est surtout illustré dans la mise en musique de psaumes et par deux séries de lamentations de Jérémie.

Byrd, quant à lui, est le compositeur le plus représenté dans le manuscrit, avec une cinquantaine de pièces, sacrées et profanes. Rien d’étonnant à cela, dans la mesure où il est le plus prolifique et le plus en vue de son temps. Dès les années 1570, il entre à la Chapelle royale en tant qu’organiste. Il devient ainsi collègue de Thomas Tallis, après avoir probablement étudié auprès de lui dans sa jeunesse. Sa célébrité et la relative tolérance d’Elisabeth I expliquent certainement que sa foi catholique ne lui ait pas causé de souci majeur. La place prééminente d’œuvres sacrées latines dans sa production est certainement la conséquence de cette orientation spirituelle. Byrd s’est également illustré dans le genre du consort song profane et il laisse un ensemble important de musiques pour clavier.

 

Pour ce programme, nous avons choisi quelques-unes des plus belles pièces copiées dans les Dow Partbooks, tout en mettant l’accent sur les principaux compositeurs anglais. Nous voulons également proposer une certaine diversité des écritures musicales, notamment en composant nos première et troisième parties avec de la musique sacrée, mais la deuxième avec des pièces profanes.

Les Lamentations de Jérémie à cinq voix de Robert White tiendront lieu de troisième partie. Cette ample pièce d’un peu plus de vingt minutes, qui ouvre le manuscrit, n’est rien moins qu’un des sommets de la polyphonie de la Renaissance. White parvient à une intense expressivité en combinant plénitude sonore et sensibilité au texte. Dow ajoute d’ailleurs le commentaire suivant à la fin de l’œuvre : «Les paroles du Prophète en pleurs ne retentissent pas de manière aussi triste que la musique de mon auteur».

Dans la première partie, nous interpréterons entre autre le motet O sacrum convivium de Thomas Tallis. Egalement paru à Londres en 1575, il déploie une écriture imitative (les voix chantent tour à tour le même thème) balancée et ornée typique de la seconde moitié du siècle.

Cinq pièces sur les sept que nous chanterons dans notre deuxième partie sont de la plume de Byrd. Parmi elles figure un des songs les plus connus du musicien, la berceuse Lula, Lullaby, dont l’atmosphère est d’une intimité bouleversante.

La playlist de Robert Dow - Exposition itinérante

L’originalité de cette nouvelle production tient au fait que les concerts seront accompagnés d’une exposition itinérante, au sein des églises mêmes dans lesquelles nous nous produirons, consacrée aux Dow Partbooks. Notre public pourra la voir avant ou après les concerts.

Il s’agira pour nous d’offrir à nos auditeurs une expérience culturelle plus complète en leur présentant la source musicale dans laquelle nous avons puisé toutes les pièces du programme. Concrètement, nous donnerons à voir dans une vitrine plate les cinq parties séparées, qui ont été magnifiquement éditées récemment en fac-similés. Des cartels explicatifs donneront quelques informations sur les pages liminaires du manuscrit, qui contiennent des poèmes et devises en latin glorifiant la musique et le vin, et sur sa notation musicale, facilement abordable pour quelqu’un lisant la musique aujourd’hui.

Trois panneaux verticaux imprimés, disposés à proximité de la vitrine, complèteront le dispositif. Ils comporteront des illustrations et permettront de donner des compléments d’informations sur Robert Dow, le contexte d’exécution probable de la musique copiée, ainsi que sur William Byrd, le compositeur le plus représenté dans le manuscrit.

Nous insisterons sur le caractère personnel et exceptionnel du manuscrit, tant au niveau de sa forme que de son contenu. Nous espérons ainsi rendre la musique que nous chanterons et son contexte plus familier pour notre public.